PARIS - THEATRE - LE MAL COURT LE POCHE HIER

Depuis sa création au cœur de la Seconde Guerre, le Théâtre de Poche a vu se succéder entre ses murs des artistes aux talents multiples. Il a abrité la création de pièces phares du XX ème siècle, du Mal court d’Audiberti au Premier d’Israël Horovitz, en passant par l’Eté de Weingarten… Ecrin d’expériences théâtrales uniques, le Poche entend conserver son enseigne de « caverne des poètes » ouverte sur l’avenir…

Construit en 1942 par Marcel Oger pour y accueillir la jeunesse théâtrale de l’époque, le Théâtre de Poche, sis au bout d’une petite impasse au cœur du bouillonnant quartier de Montparnasse, voit se succéder dès sa naissance, les plus grands noms sur sa minuscule scène : Marcel Cuvelier, Pierre Valde, Jean Vilar, qui y signe sa première mise en scène avec Orage de Strindberg… Marcel Marceau, qui y donne sa pantomime de Bip en 1947 et Georges Vitaly, qui y crée Le Mal court d’Audiberti, où la fraîche Suzanne Flon fait ses débuts remarqués. Antoine Vitez, Silvia Monfort, Jean Vauthier et bien d’autres illustres « faiseurs de théâtre », laissent leurs traces dans cet écrin qui devient vite un emblème de la créativité artistique de l’après-guerre.

En 1956, Renée Delmas, alors jeune comédienne, prend la direction du théâtre acheté par son père. Ayant repéré Etienne Bierry qui déploie ses talents à la radio, elle lui propose une association artistique, qui ne laisse pas leurs cœurs en reste : les voilà bientôt alliés à la ville comme à la scène !

Leur première entreprise consiste à agrandir la salle, plateau et sièges, puis les voilà partis pour une aventure qui durera 56 ans. En chemin, ils feront deux enfants, à qui ils transmettront la passion des leurs métiers : Marion et Stéphane.

Marion est metteur en scène et comédienne, et on lui doit quelques-uns des succès les plus récents du Poche : Vingt-quatre heures de la vie d’une femme de Zweig, L’Illusion comique de Corneille, la Ronde de Schnitzler. Stéphane est comédien et il a joué dans beaucoup de spectacles du Poche, mais on le retrouve sur d’autres scènes ou écrans…

Le Théâtre de Poche a cultivé, sous l’égide de Renée Delmas et d’Etienne Bierry, son image de lieu de création, fidèle à sa réputation de qualité. Ionesco, Billetdoux, Dubillard, Weingarten, Israël Horowitz, Louis-Charles Sirjacq, Victor Haïm, Daniel Besse, Eduardo Manet… et tant d’autres auteurs y ont étrenné leurs œuvres durant ce demi-siècle où le Poche a joué un rôle-phare dans la découverte de ces écritures modernes, qui s’inscrivent désormais dans l’Histoire du XX ème siècle.

Etienne Bierry jouait avec la personnalité fougueuse qu’on lui connaît et mettait en scène les textes justes, universels, qu’il exhumait de ses nombreuses lectures ; Renée Delmas administrait, gérait, gouvernait ce petit royaume familial d’une main devenue experte.

Ils laissent derrière eux un bel outil de théâtre, à la vitalité et à l’efficacité intactes…